Depuis mon plus jeune âge, mon retour de vacances est rythmé par le début des vendanges. Quelle belle entrée en matière de voir le vignoble champenois ensoleillé et gorgé de grappes mûres.

Comme chaque année, nous surveillons attentivement le déroulement des vendanges, résultat d’un an de travail dans nos vignes

Durant cette période particulière nous attendons chaque fois avec une certaine impatience de savoir si la qualité des vendanges est à la hauteur de nos espérances. Il faut dire qu’après le niveau exceptionnel des dernières années la barre est très haute ! Tout était parfait ! La quantité, le goût, la qualité…

Certaines années, tout se déroule parfaitement, ne laissant aucune place au doute quant à la qualité des vendanges à venir, comme ce fût le cas en 2018. Alors que pour d’autres années, comme 2019, il n’y avait pas grand-chose à espérer : les fortes intempéries en début d’année avaient fait place aux gelées de printemps, puis à la grêle et enfin à la canicule. Et pourtant, le résultat fut excellent.

Alors comment expliquer que cette vendange fut bonne contre toute attente ?

La vigne serait-elle masochiste ?

Un vieux dicton raconte en effet que la « la vigne aime souffrir »…

Historiquement il est vrai que les plus grands vignobles se trouvent sur des terrains peu fertiles : l’argile et la pierre du Médoc, le sable et le granite des Saint-Joseph ou encore les galets roulés de Châteauneuf-du-Pape.

La Champagne n’échappe pas à la règle.

En effet, une de nos grandes richesses vient de notre sol composé majoritairement de craie, comme celui de la Montagne de Reims d’où proviennent la grande majorité de nos Pinots Noirs Grands Crus.

Pourtant la craie est tout sauf accueillante parce qu’elle poreuse, retenant ainsi l’eau et annihilant tout espoir d’en faire une terre agricole…

La nature faisant bien les choses, la vigne est alors forcée de puiser un minimum d’eau et de nutriments dans les profondeurs ce qui, en petite quantité, favorise l’équilibre entre l’acidité, le fruit et le sucre.

Les meilleurs terroirs pour la vigne champenoise étant les plus crayeux

A contrario sur des terrains fertiles et irrigués par l’homme, la vigne serait sacrément vigoureuse, mais ces raisins, impropres à l’élaboration de grands vins, ne seront alors consommés que comme raisins de table.

Grossièrement, il y a le « bon stress » qui stimule et permet à la plante de se dépasser dans des situations complexes, et « le stress climatique » qui favorise la concentration et le développement des arômes du raisin.

La craie est aussi ce qui nous distingue des autres pétillants : crémants, cava ou encore Prosecco.

Si vous jouez aux jeux des sept différences on vous dira :

  • L’origine est différente
  • Le raisin est différent
  • La méthode est différente
  • Le climat est différent
  • Le vieillissement est différent

Mais les sols sont une des plus importantes et on n’en parle que trop rarement !

Pourtant si je produis un Prosecco avec des Chardonnays et des Pinots comme en champagne, avec la méthode champenoise, et le même vieillissement, j’obtiens du champagne ?

Et bien non, on en revient toujours au sol crayeux singulier du champagne.

Même réflexion avec les pétillants anglais.

On me dit souvent :

« Mais avec le réchauffement climatique, bientôt nous ferons du champagne en Angleterre ? »

« Est-ce c’est pour ça que les maisons de champagne investissent là-bas ? »

Je ne dis pas que les pétillants anglais ne sont pas bons ou n’ont pas leur place, je précise juste qu’ils ne seront jamais du champagne.

Nous développerons tout ça dans un article de Blog à venir très prochainement.